Depuis l’entrée en vigueur du Règlement Général sur la Protection des Données (Reg. UE 2016/679 ou RGPD) en mai 2018 – dont les grandes lignes ont été présentées dans un autre article de ce blog –, les principes de privacy by design et privacy by default se sont imposés comme des piliers essentiels de la protection des données à caractère personnel.

Inscrits à l’article 25 du RGPD, ces concepts traduisent l’exigence d’une approche proactive et responsable dans la gestion des données. Cet article explore ces deux principes, leurs applications concrètes et les sanctions applicables en cas de violation des dispositions visées par le RGPD.

Privacy by Design : Intégrer la protection dès la conception des activités de traitement

Le principe de privacy by design impose aux responsables du traitement d’intégrer les exigences de protection des données dès la phase de conception de toute nouvelle activité de traitement.

Ancré dans l’article 25 et lié au considérant 78 du RGPD, ce principe découle directement du concept de responsabilité (accountability) défini à l’article 24, qui exige des responsables du traitement de démontrer leur conformité à chaque étape du traitement, y compris lors de la conception de nouveaux systèmes ou services.

Concrètement, privacy by design signifie que la protection des données doit être une composante centrale du processus de compliance by privacy, et non une réflexion tardive. Pour être considéré comme pleinement responsable (accountable) dans le développement de nouveaux produits ou services, le responsable du traitement doit adopter des mesures techniques et organisationnelles adaptées afin de garantir que seules les données strictement nécessaires à la réalisation des finalités spécifiques du traitement soient collectées et traitées.

L’article 25 du RGPD mentionne explicitement certaines mesures, parmi lesquelles :

  • La pseudonymisation ou l’anonymisation des données pour minimiser les risques d’identification des personnes.
  • La restriction des accès aux données, suivant le principe de séparation des tâches (segregation of duty).
  • La mise en place de systèmes sécurisés pour prévenir les violations de données.

Par exemple, une entreprise concevant une application mobile doit, dès la phase de développement, analyser les types de données collectées, en limiter la portée au strict nécessaire et intégrer des mécanismes de sécurité robustes, tels que le chiffrement des données sensibles. De plus, elle pourrait envisager l’utilisation de technologies de pointe, comme des algorithmes de traitement minimisant l’exposition des données personnelles, pour renforcer la conformité.

Le RGPD ne fixe pas de mesures spécifiques à adopter, mais exige que celles choisies par le responsable du traitement soient proportionnées aux besoins de l’organisation, aux risques encourus et aux avancées technologiques disponibles. Ces mesures doivent protéger efficacement les droits et libertés des personnes concernées.

Privacy by Default : limiter le traitement aux données strictement nécessaires par défaut

Étroitement lié au privacy by design, le principe de privacy by default garantit que, par défaut, un traitement de données ne collecte et n’utilise que les données strictement nécessaires à la finalité définie.

Ce principe s’appuie sur les grands principes du RGPD, tels que la minimisation des données, la limitation de la conservation, la licéité et la loyauté. Il impose également de restreindre l’accès aux données à un nombre limité de personnes autorisées et de limiter la durée de conservation au minimum requis.

Un cas d’école classique est celui des bandeaux de cookies sur les sites web. Trop souvent, ces bandeaux présentent des cases pré-cochées pour des cookies de marketing ou de profilage, obligeant l’utilisateur à désactiver manuellement ces options (opt-out).

Selon les lignes directrices des autorités de protection des données, comme la CNIL en France et l’Autorità Garante en Italie, cette pratique contrevient au principe de privacy by default. Conformément à l’article 7 du RGPD, le consentement doit être libre, spécifique et résulter d’une action positive explicite.

Un bandeau de cookies conforme proposerait, par défaut, uniquement les cookies strictement nécessaires au fonctionnement du site, laissant à l’utilisateur le choix d’activer d’autres catégories.

Mesures techniques et organisationnelles adaptées

Le principe de responsabilité (accountability) impose aux responsables du traitement de définir et mettre en œuvre des mesures techniques et organisationnelles appropriées pour respecter les principes de privacy by design (protection des données dès la conception) et privacy by default (protection des données par défaut).

L’article 25 du RGPD ne propose pas de solution universelle, mais exige une évaluation au cas par cas, en fonction des spécificités du traitement, de l’évaluation des risques et de la nature des données. Cette approche sur mesure garantit que les mesures choisies sont proportionnées et efficaces pour assurer une conformité rigoureuse.

Le RGPD établit donc des critères précis que le responsable du traitement doit prendre en compte pour définir les mesures les plus appropriées, tant lors de la conception des processus que dans la configuration par défaut des traitements. Selon le RGPD, le responsable du traitement doit considérer :

  • L’état de l’art et les coûts de mise en œuvre : les progrès technologiques doivent être exploités pour adopter des solutions performantes, tout en restant économiquement réalisables.
  • La nature, l’étendue, le contexte et les finalités du traitement : chaque traitement doit être analysé en fonction de ses spécificités, des objectifs poursuivis et des types de données traitées.
  • Les risques pour les droits et libertés des personnes : une analyse d’impact relative à la protection des données (AIPD, article 35) peut s’avérer nécessaire pour identifier les mesures adéquates face aux risques potentiels.

L’application des principes privacy by design et privacy by default impose donc aux responsables du traitement d’adopter des mesures visant à garantir une conformité effective aux exigences du RGPD et à assurer les résultats attendus par chaque type de traitement.

En conclusion, les principes de privacy by design et privacy by default sont complémentaires et s’inscrivent dans le cadre du principe général de responsabilité (accountability). Ils se renforcent mutuellement pour définir un ensemble de mesures cohérentes permettant de répondre aux exigences du RGPD tout en protégeant les droits des personnes concernées.

Sanctions visées par le RGPD

Les principes privacy by design et privacy by default constituent une obligation pour tous les responsables du traitement, quelles que soient la taille et la complexité du traitement, devant être respectés de la conception à la mise en œuvre effective des mesures de protection des données à caractère personnel.

Le non-respect des principes de privacy by design et privacy by default est sévèrement sanctionné par l’article 83, paragraphe 4, du RGPD, avec des amendes pouvant atteindre 10 millions d’euros ou 2 % du chiffre d’affaires annuel mondial.

Ces sanctions soulignent l’importance de ces principes pour garantir une protection effective des données à caractère personnel et renforcer la confiance des utilisateurs et consommateurs.

Conclusion :

Les principes de privacy by design et privacy by default visent à renforcer la conformité des responsables du traitement des données à caractère personnel, tout en protégeant les droits et libertés des personnes concernées.

Leur mise en œuvre, guidée par le principe de responsabilité (accountability), exige une évaluation rigoureuse et sur mesure des mesures techniques et organisationnelles adaptées. Face aux sanctions significatives prévues par le RGPD, leur respect s’impose comme une priorité stratégique pour toute organisation, contribuant ainsi à bâtir une confiance durable auprès des utilisateurs et à promouvoir une gestion éthique des données personnelles.

gp@giovannellapolidoro.com